Tordre (verbe)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

("Je tords, tu tords, il tord. Je tordais. Je tordis. Je tordrai. Tords. Que je torde. Que je tordisse. Tordant. Tordu.") Tourner un corps long et flexible par ses deux extrémités en sens contraire, ou par l'une des deux, l'autre étant fixe. "Tordre du fil. Tordre de l'osier. Tordre du linge. Un ver qui se tord. Cette branche est toute tordue."
"Tordre les bras à quelqu'un," Les lui tourner violemment et de manière à lui faire mal. On dit de même : "Dans sa douleur, elle se tordait les mains."
"Tordre le cou," Faire mourir en tournant le cou et en disloquant les vertèbres. "Tordre le cou à une perdrix, à un poulet. Je lui tordrai le cou."
"Tordre le cou, la bouche," Tourner le cou, la bouche de travers. "Il a la mauvaise habitude de le cou, de la bouche."
Fig. et pop., "Tordre le nez," Être ennuyé, mécontent, méprisant.
Fig. et pop., "Ne faire que et avaler," Manger trop avidement et avaler presque sans mâcher.
Fig. et pop., "Se de rire," Rire convulsivement.



Dictionnaire d'Emile Littré




 1   Tourner un corps long et flexible par les deux bouts en sens contraire, ou par un seul bout, l'autre étant fixe. Tordre du fil, un lien.
DIDER.: « L'une, penchée vers la surface de l'eau, y trempe son linge ; l'autre, accroupie, le tord »
V. HUGO: « L'homme est sur un flot qui gronde, L'ouragan tord son manteau »
    Fig.
LA BRUY.: « Pressez-les, tordez-les, ils dégouttent l'orgueil, l'arrogance, la présomption »
    Qui te tordrait le nez, il en sortirait encore du lait (Comédie des Prov. III, 7, XVIIe siècle), se dit par moquerie à un jeune homme, à un blanc-bec, qui se mêle de choses dont son âge le rend incapable.
    Populairement. Ne faire que et avaler, manger très avidement, avaler presque sans mâcher.

 2   Tordre de la laine, de la soie, du fil, tourner à la main, au rouet ou au moyen d'une machine, plusieurs brins pour n'en former qu'un seul.
    Attacher ces matières sur une cheville, et en rouler plusieurs écheveaux ensemble
    Tordre le câble, joindre en un les cordons qui doivent le composer.

 3   Tourner violemment, en parlant d'un membre.
BEAUMARCH.: « Finissez donc, monsieur, vous me tordez le bras »
    Tordre le cou, faire mourir en tournant le cou.
LA FONT.: « Voit son faucon, lui tord le cou, le plume »
HAUTEROCHE: « Si je résiste, il me tordra le cou »
VOLT.: « Tout ce qui restait de la Ligue à Paris ne publia-t-il pas que le diable avait tordu le cou à la belle Gabrielle d'Estrées ? »
    Se les bras, les mains, à soi les bras, les mains, dans un excès de passion, de douleur.
DIDER.: « Échevelée, étendue sur le cercueil de son amie, se tordant les mains »
J. J. ROUSS.: « Se roulant par la chambre en se tordant les mains et mordant les pieds des chaises »

 4   Tourner de travers.
VOLT.: « Je leur remontrerai, en penchant le cou et en tordant la bouche, que tu as une opinion erronée sur les cellules où furent renfermés les Septante »
D'ALEMB.: « Et de bals où il a dansé en bâillant à se la bouche »

 5   Fig. Détourner de sa signification naturelle un texte.
BOSSUET: « Avouez la vérité, monseigneur : on aimerait mieux s'être expliqué plus précisément, et employer son esprit à bien définir les mots pour parler conséquemment, que de les après coup pour se sauver comme on peut »
BOSSUET: « L'Écriture se laissait et violenter à qui le voulait »
VOLT.: « Ils tordent une phrase d'Hippocrate pour faire accroire que les Grecs connaissaient la circulation du sang mieux que Harvey »
    Tordre le sens d'un auteur, d'un passage, lui donner une interprétation fausse et forcée.

 6   Se , v. réfl. Agiter son corps en le tournant en sens contraire. Un ver qui se tord.
DIDER.: « Je vous assure que j'aurais crié plus d'une fois, au lieu qu'il a fallu soupirer, se mordre les lèvres et se »
BÉRANG.: « il se tord »
V. HUGO: « Connaître un pas qu'on aime et que jaloux on suit, Rêver le jour, brûler et se la nuit »
    Rire à se , rire extrêmement.

 7   Devenir contourné. Cette branche s'est toute tordue.
VOLT.: « Ses yeux, remplis d'un feu sombre, roulaient avec égarement, sa bouche se tordait »

HISTORIQUE
    XIIIème siècle
     Bl. et Jeh. 2748: Et cil va la robe [mouillée] tordant, Qui entour le comte ot esté
     Ren. 884: La male passion le torde !
     Chans. d'Ant. II, 38: Et aus vieilletes [vieilles femmes] vont les mameles torgant
RUTEB.: « La descordance acordent des maux que recordons, En lor lit se descordent por ce que nos tortons »
     Ms de poés. franç. av. 1300, t. IV, p. 1354, dans LACURNE: Ses puins et ses caveus [cheveux] torjant
    XIVème siècle
LANFRANC: « Se tu ne pues souder la voine ou l'artere [blessées] pour aucun empeschement, donc te convient il la voine tirer ou l'artere hors de son lieu, et tortre le bout, ou ardre à ung fer chault »
    XVème siècle
FROISS.: « Qui lors vit hommes et femmes et les enfans d'iceux pleurer et leurs mains.... il n'est si dur coeur qui n'en eust pitié »
COMM.: « Et heurterent de la chasse du dit sainct contre une maison..., et ilz dirent que ledit sainct vouloit passer par la maison sans se [se détourner], et en ung mouvement l'abbatirent »
     Mir. de sainte Genevieve: Cy le traie [qu'elle tire son enfant] du puis et le couche à terre, puis die en tuertant ses mains : hareu ! lasse ! filz, tu es mort
    XVIème siècle
RAB.: « Panurge tordoyt la gueulle et retiroyt les doigtz »
MONT.: « Je tors bien plus volontiers une belle sentence, pour la coudre sur moy, que je ne tors mon fil pour l'aller querir »
MONT.: « Quelqu'un des siens luy tord le col »
AMYOT: « S'efforceans ordinairement de redresser la commune quand elle se tord »
AMYOT: « Les Atheniens ne tiroient que dards, flesches et traicts, dont le branlement des vaisseaux tordoit et empeschoit le droit fil »
AMYOT: « Les curieux sont subjects à le col et se retourner. .. »
PARÉ: « À qui on les a tors et comprimés [les testicules] par violence »
COTGRAVE: « Il ne se tord pas qui va plain chemin »

ÉTYMOLOGIE
    Berry, tortre ; norm. terquer, teurquier, et aussi teurdre (mais l'o revient quand la syllabe n'est pas accentuée : nous tordons) : tu mens, le nez te teurd, par allusion à un ancien usage : un menteur pris sur le fait devant faire amende honorable en se tordant le nez et disant : j'ai menti ; bourg. todre ; wallon, toîd ; provenç. torser ; espagn. et portug. torcer ; ital. torcere ; du lat. torquere. Les étymologistes le rapprochent du grec, tourner. Le français représente une accentuation barbare torquere (1er e accent bref).


Signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


("Je tords, tu tords, il tord; nous tordons, etc. Je tordais. J'ai tordu. Je tordis. Je tordrai. Tords, tordez, etc.")Tourner un corps long et flexible par ses deux extrémités en sens contraire, ou par l'une des deux, l'autre étant fixe. "Tordre du fil. Tordre un lien, des cordes. Je tords du linge. Je tordrai une branche." On l'emploie quelquefois avec le pronom personnel. "Un ver qui se tord. Cette branche s'est toute tordue."
"Tordre le cou," Faire mourir en tournant le cou et en disloquant les vertèbres. "Tordre le cou à une perdrix, à un poulet. Je lui tordrai le cou."
"Tordre les bras à quelqu'un," Les lui tourner violemment et de manière à lui faire mal. On dit de même, "Dans sa douleur elle se tordait les mains."
"Tordre le cou, la bouche," Tourner le cou, la bouche de travers. "Il a la mauvaise habitude de le cou, de la bouche."
Prov. et pop., "Ne faire que et avaler," Manger trop avidement, et avaler presque sans mâcher.
Fig., "Tordre une loi, un passage, etc.," Détourner une loi, un passage, etc., de son sens naturel, pour lui en donner un différent plus convenable aux vues de celui qui l'emploie. "Tordre le sens d'un auteur, d'un passage," Lui donner une interprétation fausse et forcée.



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


"Je tords, tu tords, il tord; nous tordons, etc. Je tordois. J'ai tordu. Je tordis. Je tordrai. Tords, tordez, etc." Tourner un corps long et flexible par ses deux extrémités en sens contraire, ou par l'une des deux, l'autre étant fixe. "Tordre du fil. Tordre un lien, des cordes. Je tords du linge. Je tordrai une branche".
On dit, "Tordre le cou," pour, Faire mourir en tournant le cou et en disloquant les vertèbres. "Tordre le cou à une perdrix, à un poulet. Je lui tordrai le cou. En tombant, il s'est tordu le cou".
On dit, "Tordre la bouche," pour, Tourner la bouche de travers.
On dit proverbialement et populairement d'Un homme qui mange trop avidement, et qui avale presque sans mâcher, qu'"Il ne fait que et avaler".
On dit figurément, "Tordre une loi, un passage, etc." pour dire, Détourner la loi, le passage, etc. de son sens naturel, pour lui en donner un différent plus convenable aux vues de celui qui l'emploie.
On dit, "Tordre le sens d'un Auteur, d'un passage," pour dire, Lui donner une interprétation forcée.



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


"Je tords, tu tords, il tord. Nous tordons, &c. Je tordois. J'ai tordu. Je tordis. Je tordrai. Tords, tordez, &c." Tourner en long & de biais en serrant. "Tordre du fil. Tordre un lien, des cordes. Je tords du linge. Je tordrai une branche."
On dit, "Tordre le cou," pour dire, Faire mourir en tournant le cou & en disloquant les vertèbres. "Tordre le cou à une perdrix, à un poulet."
On dit, "Tordre la bouche," pour dire, Tourner la bouche de travers.
On dit proverbialement & populairement d'Un homme qui mange trop avidement, & qui avale presque sans mâcher, qu'"Il ne fait que & avaler."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

[Il se conjugue comme "mordre".] Tourner en long et de biais en serrant. '"Tordre" du fil, "des" cordes, "du" linge. = "Tordre la bouche", la tourner de travers.
- "Tordre le cou à" un poulet, "etc." Le faire mourir en lui tournant le cou.
- "Fig." 'Si elle vous ressembloit, je "lui tordrois le cou". DEST.
'Il poussoit des cris, il gémissoit, il soupiroit et "se tordoit les mains". L. F. = Ne faire que " et avaler", manger goulument. st. famil. = "Tordre un" texte, "une" proposition, "un" principe";" expression figurée, qui n'est pas du beau style. L'"Acad." ne la met pas. "Saurin" dit de "Bayle": 'Grand Sophiste, prenant à tâche de confondre le faux avec le vrai, de " un" principe, de renverser une conséquence.



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Verbe 


Tourner en long & de biais en serrant. "Tordre du linge. du fil. une branche d'arbre. un lien, des cordes &c. ces soldats entrant dans cette ferme ont tordu le col, tordirent le col à toute la volaille qui y estoit".
On dit, "Tordre la bouche," pour dire, Tourner la bouche de travers.
On dit prov. & bass. d'Un homme qui mange trop avidement, & qui avale presque sans mascher, qu'"Il ne fait que & avaler".




Emplacement dans le dictionnaire :

torchère
torchere
torchis
torchon
torcol
tord-boyaux
tord-nez
tordage
torde

tordu
tore
tôre
toréador
torero
toreutique
torgniole ou torgnole
torgnole
toril
tormentille
torminal




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Émile MOSELLY (Terres lorraines)

...sur les eaux éclatantes, les yeux brûlés par l'ardente réverbération de la lumière. Autour d'eux, sur la nappe incendiée, qui avait la teinte du plomb fondu, des images du soleil semblaient se tordre, s'étirer, se déformer curieusement dans les houles alanguies. Vers midi, ils allaient chercher un peu de fraîcheur à l'ombre des oseraies, ou bien ils se couchaient pour dormir un instant, au creux...


Citation n°2 de Joris-Karl HUYSMANS (À rebours)

...torturé par d'inexplicables répulsions, par des frémissements qui lui glaçaient l'échine, lui contractaient les dents, par exemple, quand il voyait du linge mouillé qu'une bonne était en train de tordre ; ces effets avaient toujours persisté ; aujourd'hui encore il souffrait réellement à entendre déchirer une étoffe, à frotter un doigt sur un bout de craie, à tâter avec la main un morceau de moire....


Citation n°3 de Émile ZOLA (La Débâcle)

...dont la hampe s'était brisée ; tandis que le sous-lieutenant murmurait, les mots empâtés d'une écume sanglante : -moi, j'ai mon compte, je m'en fous ! ... sauvez le drapeau ! Et il resta seul, à se tordre sur la mousse, dans ce coin délicieux du bois, arrachant les herbes de ses mains crispées, la poitrine soulevée par un râle qui dura pendant des heures. Enfin, on était hors de ce bois d'épouvante....


Citation n°4 de Émile ZOLA (La Débâcle)

...aux vastes combles, dans un ronflement formidable. Le pétrole, dont on avait enduit le parquet et les tentures, donnait aux flammes une intensité telle, qu'on voyait les fers des balcons se tordre et que les hautes cheminées monumentales éclataient, avec leurs grands soleils sculptés, d'un rouge de braise. Puis, à droite, c'était d'abord le palais de la légion d'honneur, incendié à cinq...


Citation n°5 de Théodore de BANVILLE (Odes funambulesques)

...en choeur ballets plus triomphants ! C'est ce que l'on appelle un théâtre d'enfants. figure-toi, lecteur, une boîte malsaine ; des lauriers de papier couronnent l'avant-scène, et vous voyez se tordre avec un air moqueur des camaïeus bleu-tendre à soulever le coeur. Quatre violons faux grincent avec la flûte, la clarinette beugle, et dans leur triste lutte, le cornet à piston survient tout...


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